mercredi 29 avril 2015

Printemps bleu

orange…

… toutes les couleurs !

Evidemment il faut voir la mer. Rendez-vous à Miami beach, le nez vers le sud. Le problème est que la mer est de l’autre côté de la voie ferrée : une vraie barrière ! Il faut trouver le tunnel pour passer dessous. Pas simple, mais avec du temps, on finit par y parvenir. La voie ferrée est magnifique, entre ses deux rangées de pins parasols. La mer d’un bleu intense, avec des criques miraculeuses, comme aux débuts du Monde : toutes les maisons sont fermées, idem les immeubles, il n’y a personne … que nous !

A quatorze heures, on se retrouve à Perello. Impossible de se garer, autour du Bar de la Plaça. Enfin, un petit espace. Tout le monde est à l’apéritif, bière et olives fendues. On fait comme tout le monde. A la carte, je n’en crois pas mes yeux : sepia a la plancha (avec ses patatas) ; et Muslo de pollo, dans sa peau, grillé à la plancha, avec les mêmes patatas (grillées).





















































Chaque plat est servi avec deux tartines grillées, tartinées (of course) de sauce à l’ail. On dirait chez nous d’aïoli ! Merveilleux.

Comprenez-moi bien : si vous mangez dans l’assiette de la voisine, et lui fauchez un peu de peau de poulet grillée, vous pouvez associer terra i mare, et déguster un plat gastronomique...

... comme il est prévu de l'1 al 3 de Maig

à l’Ametlla de Mar


c’est le Paradis !






mardi 28 avril 2015

Printemps rouge (6)


Nous sommes au pays du porc. Du cochon quoi ! Il suffit de se rendre au mercado central, (ne pas omettre d’acheter un ticket à l’horodateur) et d’admirer les vitrines : les jambons sont suspendus côte à côte : il faut regarder les étiquettes, les crus, les années : chaque patte est signée de son éleveur, et les prix dansent une sardane étonnante : de pas cher à … très cher !

Je m’achète un splendide couteau long et plat : 3 Euros cinq centimes : de retour à la maison, je vais aller voir Fréchoux, et pourrai me couper de fines tranches.


On a décidé de sacrifier au régime méditerranéen : huile d’olive à volonté, pas de viande rouge, jamon iberico, légumes ad libidum … et piscine l’après-midi (le spa est tellement froid qu’il n’y a personne dedans : du coup, on peut y passer des heures …pour en ressortir … frigorifié) …




















Le luxe d’avoir froid sur la costa dorada


heureusement que la piscine est chaude !


Printemps rouge (5)


Le restaurant est orné de (faux) fruits (rouges). Toute l'Europe, déjà rassemblée ici (qu’est-ce que ça va être cet été) n’a qu’une obsession : manger ! Et cette (impérative) obligation a lieu trois fois par jour ! Ca n’arrête pas !

La montagne n’est pas loin. La mer n’est pas loin : terre-mer se côtoient. La terre, je vous en ai déjà parlé, des grillades : des saucisses suffisent. La mer, des sepia (des seiches), blanches, tendres, légèrement grillées elles aussi. Premiers émois, premiers délices. Voilà pour le repas de midi.


Ce matin, grande agitation : le petit-déjeuner ouvre à 8 heures ! Comment faire petit-déjeuner l’Europe entière en une demi-heure ? Chacun désirant empiler dans son estomac un jus d’orange (ou de banane). Un fruit (un kiwi).  Du café noir (tiens ils ont enfin changé les machines, résorbant la queue d’autrefois). Des croissants, (ou des haricots, de la salade, du mousseux), c’est inimaginable ce qu’ils peuvent ingurgiter du moment que c’est … à volonté ! (ad libitum).



Les anglo-saxons se précipitent vers les planchas : un œuf (au plat) ? Deux ? Gratias, avec le bacon grillé dans l’huile, on va se régaler.  Pour ceux qui ont choisi la demi-pension, il y a intérêt à profiter d’un petit-déjeuner qui va les faire tenir jusqu’à 14 heures… ou quinze ? Des espaces géants attendent les convives. Un mouvement brownien incessant permet à ceux qui ont trouvé de quoi manger, de manger, en gobant, le plus vite possible, l’essentiel étant de se re-lever, de fouiner, fouiller, chiner dans les plateaux qu’on a pu oublier, pour re-manger encore et encore…. Ad libitum !






























oui ! trois mois avant nous : les premières pastèques !
Difficile d’imaginer les électrons (de l’atome) tournant autour du noyau. Ici, je comprends, je constate, d’admire, je suis au cœur de la matière ! Ca bouge dans tous les sens ! Ca se croise. Ca se frôle ; Ca se cogne dedans rarement … quoique … !

L’humanité mangeante est rassemblée ici, et tout le monde déjeune et re-déjeune avec un appétit irrésistible….

…étonnant !


La planète réussit une fois encore à nourrir tout ce monde !



vous avez reconnu les couleurs catalanes : rouge et jaune !

dimanche 26 avril 2015

Printemps rouge ( 4)


Devinez où sont prises ces photos ? Vers le sud, le sud des Pyrénées…il pleut, le brouillard est déconcertant ! Après les montées et descentes en lacets,  la route file toute droite, paysages d’ocre rouge. Impossible de s’arrêter, toujours quelqu’un (pressé) derrière. Des caniveaux en béton tout neuf bordent la chaussée, aucun espace pour garer le véhicule. Les coquelicots (voilà le rouge) forment des taches impressionnantes, mais pas possible de photographier… jusqu’à ce qu'un chemin de chemin de terre se présente à droite enfin.... On le prend. Zut, encore un mec derrière…que fiche-t-il là un dimanche ?  il passe … et on peut se poser :

la féerie des couleurs commence.

J’imagine que les céréaliers traitent (efficacement) leur champ, aucune mauvaise herbe. Mais quand ils moissonnent, ils doivent jeter sur les bas-côtés les rejets que la machine a mis à l'écart, d’où les plantations quasi naturelles de coquelicots. Les parcelles sont séparées de murs de pierres en gros appareil, superbes. Et comme ils ne doivent pas être traités, les coquelicots choisissent de pousser dessus, en lignes rouges parfaites.







Encore un printemps rouge !


La Catalogne est toute rouge !





samedi 25 avril 2015

Aurélia Lassaque

le retour des troubadours

poésie à la médiathèque

Cela tombe bien : je vous parlais des troubadours (ce qui signifie poète en occitan). J’ignorais qu’il existât un féminin : Aurélia Lassaque est poétesse, en occitan : « troubaïrits ». Fille d’un professeur de lettres du Lot, son père a décidé de tester (pendant ses vacances de Lycée … ah, ces enfants de prof’s !) un nouvel enseignement de l’occitan. Voilà comment elle a appris cette langue d’Oc. En réalité la même que le Provençal de Mistral…. (N’oublions pas qu’il a été prix Nobel) !  Cette langue qui, disparue, resurgit sans qu’ils s’en rendent compte chez les gens du midi, avé l’assent qui est la dernière musique de la langue originelle. 

« C’est la langue des indiens, nous raconte Aurélia, avant que les colons n’imposent le Français, ce qu’a fait François 1er en imposant en 1539 «  le francilien » dans les actes administratifs, faisant du coup disparaître l’occitan »

Le plus drôle, c’est qu’il s’agit d’une langue-soeur du catalan, et cousine des autres langues latines. Ce qui explique qu’Aurélia se fasse comprendre partout où la culture a conservé ses attraits : dans les pays latins bien entendu. Mais aussi les anglo-saxons. Et même Israël, où elle est traduite en hébreu.


Par contre, si vous voulez évoquer Isabelle, qui est forcément belle, syllabe contenue dans le prénom, mal barré de jouer avec pretty woman, en langue anglaise : nos amis d’outre-Manche préfèrent évoquer Bella, comme quoi traduire la poésie suppose beaucoup d’intelligence !

Bien que toute jeune (elle a trente et un ans et demie précise-t-elle) elle est déjà traduite en plusieurs langues (je parle de la traduction française), ce qui n’arrive d’habitude (pour les hommes) qu’après cinquante ans ! S’agissant des poétesses, je me demande si la fameuse parité ne fonctionne pas à l’envers de l’habitude ! Le charme d’Aurélia opère sur la planète entière, dirait-on !

Pour elle qui pratique plusieurs langues (être fille de prof’ a ses avantages), il lui a été plus facile de commencer à écrire sa poésie en occitan car il s’agissait d’une langue vierge.



Nous sommes dans la médiathèque. Pierre Maubé rejoint notre poétesse, et un dialogue s’engage. Aurélia nous lit des extraits. En Occitan. Traduction française. Elle n’interprète pas : je dis bien : elle lit…

…et le charme opère

D’habitude, on lit les poèmes avec les yeux, sans rien entendre ni rien dire. Ici, on ferme les yeux, on entend les mots, on entend les phrases. On entend l’accent tonique, la musique des mots, on devine de loin quelques significations, une mémoire ancienne cachée dans notre ADN est éveillée… mais il faut attendre le Français pour vraiment comprendre.
























Une magie sonore ...… poétique !


... « l’homme aimait le corps de sa femme ». Que c’est joliment dit ! On comprend qu’Eros reste prégnant, ouf, il passe avant Thanatos, la mort !

« les bouches de ceux qui savent ne s’ouvrent pas, le secret est gardé ».



De retour, je rédige ce billet

et ferme les yeux

J’ai encore dans les oreilles


le chant des salamandres




vendredi 24 avril 2015

ENZA (2)

l'atelier


C'est toujours un privilège d'être autorisé à entrer dans l'atelier d'un artiste : on devine les travaux préliminaires, parfois on peut y assister. Les oeuvres sont présentées "touche-touche" et les couleurs sont vives et gaies. L'odeur de peinture éveille les sens. 

comme on est bien au coeur de la beauté







les chevaux fôlatrant ont gagné un Grand Prix




Nous sommes au Pays d'Oc

la tradition des troubadours, et des jeux floraux dure encore :

la Ville rose, (dont on comprend ainsi le double sens de la couleur)

favorise toujours l'amour courtois

Ah l'amour...toujours !


Les Jeux floraux ont été institués en 1323, à Toulouse, par sept troubadours pour maintenir le lyrisme courtois.

La "Compagnie du Gai Savoir", ainsi créée, fut dotée du statut d'Académie en 1694 par Louis XIV. Héritière d'une tradition d'excellence depuis près de sept siècles, elle entend promouvoir la poésie sous toutes ses formes et, d'une manière générale, la littérature. Chaque 3 Mai, elle remet depuis 1324, des "Fleurs" aux lauréats des différents concours qu'elle organise.

Considérée comme la plus ancienne société savante d'Europe, l'Académie des Jeux floraux fut reconnue d'utilité publique depuis 1923.

Elle est aujourd'hui hébergée dans l'hôtel d'Assézat.


ENZA

quatre lettres au bas d’une tapisserie !

Bien plus que cela : 

toute une histoire en réalité : 

je l'ai racontée hier soir, devant les invités de l'artiste, et en voici le résumé car il s'agit d'un véritable roman :

-une première histoire, celle d'une oeuvre

-en même temps c'est une belle histoire comme les aime Lelouche :celle d'une intégration réussie, dans la France accueillante telle qu'on aime qu'elle soit, et qu'elle continue à être pour accueillir les plus démunis :

Enza est le diminutif de Vincenza, Vincenza Giuliani, et Rivière est son nom, son nom de mariage. Vous avez compris qu’elle est d’origine italienne, d'origine calabraise née (pour une dame, on ne dit pas quand, mais vous je vous le dis quand-même : dans les années trente) à Mormanno, province de Cosenza (Italie). Une ville de 70.000 habitants, tout en bas sur  le dessus de la botte italienne. Le paysage méditerranéen fabuleux et légendaire de cette province, où, dit-on le soleil s'est arrêté, fait d'immensité, de silence, et surtout de lumière, marque son enfance. 


La famille Giuliani s’installe à Rome dans les années trente. Mais bien vite l’Europe bascule dans l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, et la capitale italienne vivra, comme tant d’autres villes, des années quarante fort éloignées de la Dolce Vita.

Les parents Giuliani remontent vers le nord : Turin, le Val d’Aoste... Leurs cinq enfants, quatre filles et un garçon : Giuseppina (aujourd’hui Joséphine, qui vit à Marseille), notre amie Enza, Anna (aujourd’hui la Saint-Gaudinoise Annie Maubé), Anatole (qui deviendra un grand architecte et réalisera de nombreuses constructions en Bigorre, dans la vallée de la Barousse et tout le Comminges), et Gabriella, la petite dernière (aujourd’hui Gaby Aznar bien connue des Saint-Gaudinois), naîtront et grandiront dans différentes villes italiennes, du Sud au Nord. Comme bien des enfants de cette génération, ils connaîtront  d’incessants bombardements, l’occupation allemande, les derniers soubresauts du régime fasciste, les exécutions publiques d’otages, hommes, femmes et enfants.

En 1946, Carmine Giuliani, le père, émigre en France, et fait venir en 1948 sa famille… à Valentine !
Les enfants sont inscrits à l’école…pas toujours bien accueillis : ce sont des émigrés, ils ne parlent pas la langue ! Enza devient française en se mariant, à St Lambert des bois (Yvelines) dans l’arrondissement de Rambouillet, non loin des vestiges de l'abbaye de Port Royal des Champs, avec Jean-Louis Rivière. Sorti de Navale, il est tombé amoureux de la belle italienne, puis deviendra Directeur technique d’entreprises d’électronique.


"c'était un temps de solitude"



















Il l’emmène donc dans la région parisienne : Enza rencontre Christian Pagano (le fondateur de l’Agence Gamma), qui l’introduit dans le milieu des artistes. L’art devenant pour elle une manière d’exprimer sa personnalité, plus commode de dessiner et peindre que de maîtriser totalement le Français écrit. Commence une vie de créatrice, d’artiste, de peintre, de modiste : de 1973 à 1988, à St- Lambert, elle crée et réalise des modèles de couture. Sa Boutique y présente deux fois par an ses collections : modèles uniques en tissages et tissus ou soies, peints à la main, Ils traduisent l'originalité et la personnalité d'Enza qui s'exprime de manière colorée mais aussi nuancée, avec beaucoup de fraîcheur et de naïveté mélangées. Elle rencontre un très vif succès dans sa région et sa clientèle s'étend jusqu'à la Capitale. Elle participe aux salons des ateliers d'Art de Paris, crée des costumes pour des spectacles son et lumière , des uniformes d'hôtesses, travaille pour Louis Ferraud…  etc… Elle expose au Carroussel du Louvre, au Grand Palais, au Canada ; à Rome naturellement ... et ici, en Comminges…

pas de problème pour s'habiller en ... ENZA

En 1988, elle cesse ses activités de créatrice de mode et « se retire en Midi-Pyrénées », dit sa bibliographie dans la revue Univers des Arts. Midi-Pyrénées, vous avez compris, c’est Saint-Gaudens ! Son époux à la retraite, pas question de rester à Paris, mieux vaut se rapprocher de la famille de Madame : ils construisent une jolie maison …d’architecte (…commode d’avoir un frère sur place !) dominant la plaine de Villeneuve…de Rivière. La charmante maison est entourée d’un jardin un peu comme celui de Monet à Giverny « qui peignait, disait-il, en regardant son jardin ». Vous comprenez qu’avec Enza, il y ait des fleurs partout !

vous n'imaginez pas une villa italienne sans mosaïques !

Hier soir donc, nous avons fêté le don d’Enza à la Ville : le don ne date pas d’hier : il a été fait il y a quatorze ans. Les municipalités de l’époque n’étaient pas très ouvertes à l’art naïf, et n’avaient pas jugé utile de signaler ce don par une plaque. Ouf, la nouvelle municipalité se remue, et une par une répare les oublis du passé !




Nous avons deux œuvres d’Enza à Saint-Gaudens : à la Collégiale un Saint Sacrement

Dans l’escalier de la Mairie : la Collégiale.

Attendez : la Collégiale au Moyen Age. Ne soyez pas étonnés que la Collégiale se situe dans les champs de fleurs, la rue Victor Hugo n’avait pas été créée !


Aujourd’hui cette œuvre donnée à la ville est (enfin) signée des quatre lettres qui résument toute une vie d’artiste :

ENZA

Non è bello ciò che è bello,
ma è bello ciò che piace.

la Collegiale, che piace a tutti,

grazie mille Enza