samedi 30 août 2014

Ballade en ULM


Maintenant que j’y suis monté une fois, je deviens accro et ne puis plus m’en passer. Quoi de spectaculaire à contempler du ciel ? Saint-Bertrand de Comminges, c’est la saison, faisons-y un tour.

l'autoroute des Pyrénées ; les méandres recoupés de la Garonne, décollage vers Montrejeau

Départ de Clarac, dont je vous ai déjà parlé. En semaine, pas grand engin au sol, mais la piste vue du ciel est magnifique. Un saut de puce vers Montrejeau, un tour autour du château de Valmirande il faudra que je vous fasse un reportage dessus, cela tombe bien avec les prochaines journées du patrimoine.



A l’époque, le baron de Lassus, célibataire notoire, cent ans avant le portable, faisait des signaux au Père abbé, de l’abbaye, en face ! Célibataire lui aussi, vœu de chasteté oblige. Erudits tous les deux, ils conversaient par signes, pour se donner des rendez-vous une fois chez l'un, une fois chez l'autre.

Saint-Bertrand est effectivement en face !


on se gèle en altitude !

la ville romaine reste à fouiller à droite, Tibiran à midi !




on voit bien le théâtre romain...ou ce qu'il en reste !


et d''ici le cloître, en arrière-plan le marché romain à droite, les thermes à gauche, l'école au centre

On distingue Tibiran, dans les Hautes Pyrénées (la végétation ignore les limites administratives), origine de la résurgence karstique, tout le pays est calcaire ! On voit bien le cloître, avec ses trois faces vers le vide. Vacabrère l’église voisine.


Retour au sol, les jambes sont cotonneuses, la réalité vous saute à la figure, nous ne sommes que des hommes !

On voit tout super bien, il faut organiser des visites touristiques


vues du ciel… !

la gendarmerie-bibliothèque à 4 heures, c'est là qu'on se gare...en voiture !



Montmaurin (5 et fin...)


pour le moment… !

la Villa romaine de Montmaurin :
on distingue à  5 heures la motte du castellum, interprété officiellement comme un château d'eau :
le tracé du canal d'amenée s'impose : un trait depuis la rivière à 6 heures, direct vers le réservoir ?

(sauf si tout bêtement le canal est en bas et à gauche...)
on voit un peu mieux avec google map

Que pouvons-nous faire, simples mortels, avec les photos aériennes ?


Certains copains partageurs, adeptes d’ULM, nous livrent gratos leurs photos, spectacle magnifique. Mais nous ne partageons pas les mêmes sujets d’intérêt, pas facile de tomber sur les lieux qui m’intéressent. Je tente donc un biais, le système D, et il donne des résultats : nous sommes en France, les spécialistes du contournement !



Le détour consiste à se rendre sur les pages jaunes, où l’on trouve toutes les adresses que l’on cherche pour obtenir le téléphone des personnes à appeler. Puis, miracle, France Télécom a acheté à l’IGN les images aériennes, permettant d’accéder à la couverture de la France, même si une église par exemple n’est pas raccordée. Vous voyez qu’il s’agit d’un miracle !


C’est ainsi que me rendant (par avion virtuel) à Montmaurin, il me suffit de rechercher la Save, et de repérer la forme si caractéristique de la Villa romaine. La Save est quasi invisible dans le couvert végétal, mais on la distingue quand-même, par les arbres qui la bordent. Les champs sont labourés tout autour, ouf, et on peut distinguer le pourtour des thermes. On ne voit rien, comme vous le voyez, pas de traces d’aqueduc, dommage ! Une oasis au milieu des maïs ? Je n'y crois pas, et propose le prochain axe des fouilles cet hiver : il faut aller sur place avec un tracteur !


C’est un jeu d’enfant de repérer Lespugue, puisque France Télécom, encore elle, a acheté un plan légendé. On peut donc repérer l’entrée des gorges de la Save en suivant les départementales, et revenir (bien à l’abri chez soi) à la chapelle Notre Dame à Hillière, pour voir le site du ciel : vous avez vu, le bassin hexagonal, qui m’a échappé hier caché sous l’herbe ? Il était sur le plan, je ne l’ai vu qu’au retour ! ! Et si c'était un captage (comblé) à l'amont de la résurgence....?

Par contre, impossible de repérer la résurgence elle-même, cachée par les arbres : il fallait bien se rendre sur place !


j'avais oublié : google map, et j'y suis sans sortir de mon fauteuil  !

Plus j’y réfléchis, plus je confirme :

impossible de devenir archéologue (amateur) sans avion

(ou satellite)

il faut s’élever en l’air !

jeudi 28 août 2014

Montmaurin (4)

la résurgence !

Villa de la Hillière, gorges de la Save

Vous me connaissez : je suis dans une villa romaine, on nous exhibe des thermes énormes, la frustration est terrible : d’où provenait l’eau courante ? Où sont les vestiges ? Certes de temps à autre on tombe sur le pont du Gard, ou sur un bout de tuyau de plomb, mais il est rare que l’on ait conservé la source, a fortiori qu’elle existe encore après les destructions des années 450 et les prélèvements au cours des 1500 années postérieures. La plupart du temps, les constructeurs disposaient du manuel du bon promoteur romain distribué par Vitruve, et ils construisaient près d’une rivière, encore mieux si elle était navigable. Mais l’inconvénient : si elle débordait, le résultat était contraire à celui recherché : trop d’eau inonde la maison !




C’est le cas des gorges de la Save : qui dit gorges dit rétrécissement, et le résultat est qu’en période très pluvieuse, l’eau monte à une vitesse extraordinaire, et inonde tout. Incluant la villa romaine si cette dernière est trop basse, dans une zone inondable. Les crues dangereuses ici sont les centennales, comme celle du 3 juillet 1897. Comme celle qui a submergé Auch en 1977. Je retrouve autour de la chapelle de la Hillière le grillage ployé par les flots d’hiver, et encore rempli d’embâcles.


Je retourne donc dans le fameux ilot, pour rechercher la résurgence de la Hillière : il y a sur place le cimetière autour de la chapelle, manifestement construite pile sur une autre villa antique, jouxtant à la fois la Save, et une magnifique résurgence : un grand trou d’eau calme et de couleur bleu opale profond. Je réussis à entrer dans l’enclos grillagé, pour repérer le site : l’eau sourd du karst, et file au bout de dix mètres dans la Save avec un joli courant, qui provoque un doux murmure. Juste à côté, des fondations antiques, avec les restes d’un chauffage par le sol. Il ne faut pas s’étonner que le fossoyeur creusant une tombe il y a plusieurs années, soit tombé sur le bronze qui me plait tant. L’ait vendu à un antiquaire qui aimait les œuvres d’art, ce dernier le revendant à la famille qui en a fait don ultérieurement à l’Etat, à charge pour lui de tout laisser sur place, ce qui explique que le Musée de Montmaurin soit aussi riche et qu’on n’ait pas besoin de se rendre à Toulouse qui récupère d’habitude ce genre d’objets.





La jolie résurgence, flanquée de deux bornes massives, ne m’explique pas comment l’eau montait toute seule à l’altitude utile pour alimenter des thermes, mais elle est là. Elle sourd été comme hiver à la température constante de 10°, et les lavandières s'y rendaient de fort loin il n'y a pas si longtemps en période de gel, appréciant de se mettre les mains dans l'eau à température positive, alors que la glace couvrait le sol.

Nous décidons de parcourir entièrement les gorges de la Save pour repérer des abris susceptibles d’héberger des ancêtres, il n’en manque pas dans des falaises parfois impressionnantes. A l’aval, un moulin reconstitue par son barrage une remontée d’eau, et une dérivation, ressemblant trait pour trait au barrage qui devait desservir la Villa romaine de Montmaurin. En matière d’eau gravitaire, on n’a rien inventé de particulier depuis 2000 ans, à part les vannes sophistiquées sur les cours d’eau de Basse Durance bien entendu.


















Vous vous souvenez que l’ilôt karstique a deux pôles si l’on peut dire : Montmaurin avec les deux villas romaines que vous connaissez désormais. Lespugue avec ses vestiges préhistoriques et la Vénus. Au retour, je passe en Mairie qui m’offre l’histoire du Bois de St Martin. Le Musée est fermé, mais une Vénus grandeur nature a été construite en ciment, pas mal du tout, surtout vue côté fesses !  

La brochure expose les trouvailles du petit musée : une demi-mandibule droite d’ours (forcément des cavernes), des vertèbres lombaires, des bois de cervidés. Les lames de silex sont nombreuses, grattoirs, burins, tout un outillage. Des lampes à huile pour éclairer les abris. La problématique du chasseur, est d’utiliser l’os de manière optimale, pour créer des "feuilles de laurier" avec un grand éclat laminaire de silex, et un bois de cervidé comme percuteur. Les sagaies sont nombreuses. L’arc existait-il ?

that’s the question

Il est certain qu’en matière d’armement, on a beaucoup progressé depuis !





Pour consulter les histoires d’eau antérieures :
http://babone5go.blogspot.fr/2011/01/omnes-sitientes.html



















































il y a encore des fleurs d'été...
...et des tabacs d'Espagne un peu passés...!

Montmaurin (3)

Préhistoire !

l'homme de Montmaurin, et le lion des cavernes !


Nouveau recul en arrière : je vous ai parlé de l’ilot calcaire, et des conditions inhabituelles de préservation des vestiges antiques. Je vous ai cité Montmaurin, nom de commune que l’on voit affiché dès l’autoroute, à cause de la Villa. Mais je n’ai pas cité Lespugue…tout à côté. Autre commune, découverte fameuse en 1922 de la Vénus dont je vous ai déjà parlé, aujourd’hui au Musée de l’Homme.(1)

En réalité, la Professeur Isaure Gratacos, membre éminent de la société méridionale de spéléologie et de préhistoire, donne un titre au sujet : 




«du pré-Néandertalien à nos jours dans  les gorges de la Save et de la Saygouade ». 


Sa publication est datée d’avril 2010, et je l’ai payée (au juste prix de 15 Euros), pour participer ainsi concrètement à la défense de sites, toujours menacés par une carrière. Ah, ces entrepreneurs « productifs », ils sont parfois bien envahissants !

Vous avez réagi quand j’ai parlé d’ilot calcaire : car érudits comme vous êtes, vous avez pensez « karst », YES ! Le pied des spéléologues, qui inventorient les cavités visibles et invisibles depuis 2009, et en ont trouvé une centaine, rêvant bien entendu de tomber sur une grotte Chauvet !

En pratique le remplissage est important, et surtout intact. D’où la découverte à chaque fois d’une chronologie inhabituelle : depuis la période pré-acheuléenne (la mâchoire de Montmaurin) jusqu’à l’âge du fer, en passant par tous les stades du paléolithique !


pas courant de tomber sur le fond de commerce d'un dentiste aurignacien !


















Mettons nous à la place de nos ancêtres moustériens et forcément ici aurignaciens : nous sommes à l’altitude 380 mètres, moins haut que les 700 m des montagnes proches. Il fait moins froid. La formation végétale ressemble à une steppe, où abondent bisons, chevaux et rennes. L’eau des rivières est proche, et l’habitation facilitée par la présence des cavités et la nourriture abondante explique la présence humaine. Tout cela va perdurer dans le karst fossilisé pour le bonheur des chercheurs (et du carrier). On trouve la mandibule dans « la niche », une cheminée karstique verticale. On trouve un squelette état neuf de lion des cavernes. Un coup de pioche malheureux abîme la Vénus de Lespugue en ivoire vieilli, mais nous la restitue pour l’éternité. Récemment la grotte de Bacuran livre des gravures pariétales.


Oui nous sommes ici exceptionnellement anciens

il faut que l’Unesco nous protège

car...on n’a pas tout trouvé ?


bien entendu, Norbert Casteret est passé par là ...!



Montmaurin (2)

J'ai oublié les chaussures !




Que je vous raconte : partout dans le secteur, existent des piles funéraires. Ce sont des moellons appareillés, en élévation, et on imagine qu’en haut, des urnes, (ainsi protégées des renards et autres prédateurs) recueillaient les cendres. Ici, on a trouvé des puits. Pas de la rigolade, 10 mètres de profondeur. On comprend très bien que l’entassement de terre au-dessus ait créé un milieu clos, propice à la conservation…des fameuses sandales de cuir notamment. En réalité, c’est tout un ensemble dépareillé d’objets trouvés, témoignant de la vie des habitants de la villa.



































la datation précise se fait par les pièces de bronze, ici, on a 400 ans de monnaie !

































Voilà, quelques vues des vitrines !

nostalgie, nostalgie....

...comme ces gens nous étaient proches !

le lin fleurit toujours dans les ruines